Opening Night 2026, Giants contre Yankees, en direct sur Netflix. À un moment du match, un frappeur tape son casque, interpelle l’arbitre. Quinze secondes de suspense. Le tableau de score s’allume : BALL. Le stade oscille entre applaudissements et sifflets. La première contestation de décision ball/strike en saison régulière MLB vient de se produire.
Le système ABS (Automated Ball-Strike) est là.
De quoi on parle
ABS ne signifie pas que l’arbitre humain disparaît. L’arbitre derrière le marbre est toujours là, il continue d’annoncer chaque pitch, de gérer le rythme du match, d’intervenir sur tous les autres appels. Ce qui change en 2026 : ses décisions ball/strike peuvent être contestées en temps réel par les joueurs sur le terrain.
Le principe est celui du challenge au tennis. Un joueur est en désaccord avec un appel, il conteste, la technologie tranche.
Ce n’est pas non plus la version “arbitre 100 % automatisé” testée en ligues mineures entre 2022 et 2024. C’est le système hybride : juge humain, recours technologique.
Comment challenger
Seuls trois acteurs peuvent déclencher un challenge : le frappeur, le lanceur, ou le receveur. Pas le manager depuis le banc.
Le geste doit être immédiat : taper sur son casque ou sa casquette, vocaliser la contestation tout de suite après le pitch. L’arbitre annonce que le challenge est en cours. Environ treize secondes plus tard, la décision tombe, annoncée à voix haute et affichée sur les panneaux du stade.
Chaque équipe commence le match avec deux challenges. Un challenge réussi est conservé, le compteur reste intact. Un challenge perdu l’ampute d’un. À zéro, plus aucune contestation possible pour le reste de la rencontre.
Pourquoi c’est utile
Avant 2026, combien d’erreurs ball/strike y avait-il par match ? Les données Statcast historiques estiment entre dix et quinze décisions incorrectes en moyenne, chaque soir, dans toute la ligue. Ce n’est pas de la mauvaise foi : la balle arrive entre 145 et 155 km/h, la zone de strike est tridimensionnelle, et l’angle de vision de l’arbitre reste imparfait quelle que soit l’expérience.
Les premières semaines de 2026 chiffrent l’ampleur du problème de façon saisissante. 54 % des challenges aboutissent à une révision de la décision initiale. Sur l’Opening Weekend seul : 175 challenges, 94 décisions renversées. Fin avril, après 3 000 challenges cumulés en ligue, le taux tenait à 54 %. Un challenge sur deux donne raison au joueur qui conteste l’arbitre.
La technologie, et qui réussit le mieux
Douze caméras Hawk-Eye sont positionnées autour du terrain, filmant à 300 images par seconde sur un réseau 5G privé. La zone de strike est calibrée individuellement pour chaque frappeur en début de saison, en fonction de sa taille et de sa posture habituelle dans le rectangle. La règle de décision est binaire : si une partie de la balle touche une partie de la zone, c’est un strike. Pas de marge d’interprétation.
Les receveurs obtiennent le meilleur taux de succès : 64 %. Ils voient le lancer arriver de face, sentent immédiatement quand la balle a légèrement dévié hors zone. Les frappeurs tournent autour de 42 %, les lanceurs autour de 40 %. Leur angle de vision est latéral ou de dos, moins précis pour juger les quelques centimètres de marge.
En pratique, 4 challenges sont lancés en moyenne par match. Certaines équipes ont déjà commencé à développer des protocoles internes, en analysant les tendances des arbitres sur certains types de lancers et certains comptes dans la séquence.
Ce qui ne change pas, et la résistance des arbitres
Le système ABS couvre uniquement les décisions ball/strike. Tout le reste : appels safe/out, interférences, balles dans les allées, reste sous l’autorité des arbitres humains. L’instant replay (révision vidéo) existant continue de s’appliquer pour les jeux de champ.
Le syndicat des arbitres professionnels n’a pas accueilli la nouveauté avec enthousiasme. Certains font valoir que leurs erreurs sont désormais exposées publiquement sur le tableau de score devant 40 000 personnes, et dénoncent un traitement disproportionné. D’autres pointent des incohérences dans la définition des zones selon les équipes techniques qui les gèrent.
Ce que la saison 2026 va réellement mesurer : si les joueurs affinent leur lecture du challenge (et font monter le taux de réussite), si les arbitres adaptent leur approche (et font baisser le taux de révision), ou si les 54 % deviennent la nouvelle normalité du baseball américain.
Pour les fans qui regardent depuis la France, la bonne nouvelle est simple : le système est visible à l’écran, les décisions s’affichent clairement, et les quinze secondes de suspense avant chaque résultat ajoutent un rythme que le baseball n’avait pas.
Édition n°45