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ÉditionN°110Scores du jour
Les joueurs des deux ligues réunis sur le terrain lors de l'All-Star Game 2025.
MagazineLong formatLejeudi 2 juillet 2026

Le Home Run Derby et l'All-Star Game : la mi-saison en spectacle

Chaque juillet, la MLB fait une pause. Les rivalités s'effacent, les meilleurs joueurs de la ligue se retrouvent dans la même ville, et le baseball devient autre chose : un événement, un spectacle, un moment de célébration du jeu.

PhotoMLBÉditorial — MLBvia MLB.com

PhotoMLBÉditorial — MLBvia MLB.com

En juillet, la MLB s’arrête. Pas longtemps. Une poignée de jours. Mais suffisamment pour que le baseball change de registre. Les rivaux deviennent coéquipiers, les stades se remplissent de cérémonies, et les meilleurs joueurs de la ligue convergent vers la même ville pour ce que la MLB appelle le “Mid-Summer Classic” : le match des étoiles.

Ce n’est pas du baseball ordinaire. C’est du baseball en représentation.

La parenthèse qui coupe la saison en deux

La pause All-Star intervient chaque année à la mi-juillet, à peu près à mi-chemin des 162 matchs de la saison régulière. En 2026, elle se tient du 10 au 14 juillet à Philadelphie. Pour les joueurs qui ne sont pas sélectionnés, c’est l’une des rares respirations d’un calendrier qui prévoit des matchs six jours sur sept d’avril à septembre.

Ce qui se passe pendant cette parenthèse est relativement constant d’une année à l’autre. La MLB Draft (où les franchises sélectionnent leurs futures recrues lycéennes et universitaires) occupe le week-end. Le Futures Game, un match entre les meilleurs prospects des ligues mineures, se joue le dimanche. Le lundi soir, c’est le Home Run Derby. Et le mardi, l’All-Star Game lui-même.

La Draft appartient aux directeurs sportifs. Le Futures Game appartient aux espoirs qui patientent dans le farm system. Mais le Derby et l’All-Star Game appartiennent au spectacle.

Comment on devient All-Star

Être sélectionné pour l’All-Star Game, c’est la reconnaissance collective du statut de meilleur joueur à son poste sur la première moitié de saison. Le processus de sélection repose sur trois mécanismes combinés.

Les fans votent d’abord. Le grand public choisit les titulaires de chaque équipe via un vote en ligne ouvert à tous, plusieurs semaines avant l’événement. Les joueurs les plus connus et les franchises les plus populaires en bénéficient. Un joueur très bon dans une petite ville peut afficher des chiffres supérieurs à une star d’une grande métropole, et voir quand même cette star recevoir deux fois plus de votes.

Les joueurs eux-mêmes complètent les effectifs par un vote interne à chaque ligue. Ce mécanisme corrige parfois les biais du vote public et sélectionne des joueurs qui auraient pu être oubliés. Être reconnu par ses pairs, dans un sport aussi technique que le baseball, reste une distinction à part.

Enfin, le Commissioner’s Office désigne des joueurs supplémentaires pour garantir que chaque franchise ait au minimum un représentant. C’est une obligation formelle, pas une simple coutume. Même une équipe en reconstruction, même un effectif qui perd 90 matchs, a souvent un joueur dont les chiffres méritent une invitation.

Au total, chaque équipe présente 32 joueurs : 20 joueurs de position et 12 lanceurs, répartis entre Ligue Américaine et Ligue Nationale. Tout le monde ne jouera pas, mais tout le monde est là.

Le match qui a perdu son enjeu (et c’est peut-être mieux)

L’All-Star Game est une exhibition. Ce qui signifie que le résultat ne compte pour rien, que les managers font tourner leur effectif pour que le maximum de joueurs voient du temps de jeu, et que personne ne risque sa saison sur un sprint défensif en troisième manche.

Pendant quatorze ans, entre 2003 et 2016, ce n’était pas le cas.

En 2002, le match s’était terminé sur un nul après onze manches, les deux équipes ayant épuisé tous leurs lanceurs disponibles. Bud Selig, debout dans sa loge de commissaire, avait levé les bras en signe d’impuissance, et la séquence avait fait le tour des États-Unis, symbole d’une incompétence organisationnelle difficile à défendre.

La MLB avait alors pris une décision radicale : la ligue qui remporte l’All-Star Game obtient l’avantage du terrain en World Series. L’idée était d’insuffler de l’intensité dans un match qui en manquait. En pratique, elle a surtout créé une situation absurde : le sort d’une World Series pouvait dépendre d’un concours de popularité suivi d’un match d’exhibition où les managers cherchent surtout à faire participer le plus de joueurs possible.

En 2017, la règle a été abandonnée. L’avantage du terrain en World Series revient depuis lors à l’équipe finaliste ayant le meilleur pourcentage de victoires en saison régulière. L’All-Star Game est redevenu ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : une célébration, pas une compétition.

Le Home Run Derby : la force à l’état pur

La veille du match, le lundi soir, c’est le Home Run Derby. Et si l’All-Star Game reste du baseball avec ses règles habituelles, le Derby n’est plus vraiment du baseball du tout.

Le format évolue régulièrement. En 2026, il fonctionne ainsi : huit joueurs au premier tour, chacun avec 20 swings pour frapper le plus de home runs possible face à un lanceur de son choix, généralement un préparateur physique ou un lanceur de confiance dont le seul rôle est d’envoyer des balles faciles à frapper fort. Les quatre meilleurs totaux avancent en demi-finales, où ils sont classés selon leur score du premier tour : n°1 contre n°4, n°2 contre n°3. Chaque demi-finaliste dispose de 15 swings, puis les deux vainqueurs s’affrontent en finale, avec 15 swings chacun. Détail qui compte : si un joueur frappe un home run sur son dernier swing, il continue jusqu’à ce qu’il ne sorte plus la balle du terrain. Il n’y a pas de chrono.

Le résultat est une démonstration de puissance brute d’environ deux heures, filmée sous tous les angles, avec des caméras au niveau du sol, des micros sur les battes et des mesures de vitesse et de distance affichées en temps réel. Les balles qui atterrissent dans les rangées supérieures, celles qui rebondissent sur les façades et celles qui sortent du stade complètement sont commentées comme des prouesses athlétiques à part entière. Parce que c’est exactement ce qu’elles sont.

Les hommes du Derby

Le Home Run Derby a ses propres légendes, distinctes de celles du match.

Ken Griffey Jr. est le seul joueur à avoir remporté le Derby trois fois, en 1994, 1998 et 1999. Son style, décontracté, naturel et puissant, a défini l’image de l’événement pendant une décennie et popularisé le Derby comme moment télévisuel à une époque où le baseball cherchait encore comment occuper sa mi-saison.

Josh Hamilton a réalisé en 2008, à l’ancien Yankee Stadium, une performance qui entre dans la légende : 28 home runs lors du seul premier round. Il n’a pas remporté le Derby cette année-là, battu en finale par Justin Morneau, mais c’est son premier round dont tout le monde parle encore. Ce record a depuis été battu par Julio Rodríguez, qui a frappé 41 home runs en un seul round lors du Derby 2023.

Pete Alonso (aujourd’hui aux Orioles de Baltimore, après plusieurs saisons aux Mets de New York) a remporté le Derby en 2019 et 2021. Sa technique : une puissance de bras exceptionnelle et une régularité mécanique qui lui permet de maintenir son rythme sans s’effondrer. Il entre dans chaque Derby avec la posture de quelqu’un qui sait déjà ce qu’il fait là.

Pourquoi regarder quelque chose qui ne compte pas

La question revient chaque année, posée avec une légère condescendance depuis les tribunes du journalisme sportif : pourquoi regarder un match sans enjeu ?

La réponse est dans la question.

Le baseball de saison régulière est un sport de répétition. Cent soixante-deux matchs, des situations similaires qui se reproduisent, une accumulation sur six mois. La valeur est dans la durée, dans la progression, dans ce que chaque match ajoute à un classement qui n’aura de sens qu’en octobre. C’est un sport fait pour être suivi avec constance, pas pour être regardé en une seule soirée.

L’All-Star Game et le Home Run Derby font l’inverse. Ils concentrent l’essentiel dans un format court, digestible, spectaculaire. Ils permettent à quelqu’un qui ne suit pas le baseball de comprendre en deux heures pourquoi Shohei Ohtani est impressionnant, pourquoi Aaron Judge fait peur aux lanceurs, pourquoi certains stades ont cette acoustique particulière quand une balle bien frappée part vers les gradins.

Pour un fan régulier, c’est une pause dans le marathon. Pour un observateur occasionnel, c’est une porte d’entrée. Pour la MLB, c’est l’un des rares moments de l’année où elle peut parler à un public qui ne regardera pas le reste.

La ville hôte : un événement dans l’événement

La sélection de la ville hôte est un processus en soi. Les franchises candidatent, les villes présentent leur offre en termes d’infrastructure, d’hébergement et de capacité à absorber un afflux de visiteurs. La MLB choisit en fonction de critères sportifs mais aussi commerciaux : un All-Star Game dans une grande métropole génère plusieurs dizaines de millions de dollars d’activité économique locale sur les quatre jours.

La franchise hôte bénéficie d’une exposition nationale prolongée et vend des billets à des prix qui n’ont plus grand-chose à voir avec la saison régulière. Pour une franchise en reconstruction, accueillir un All-Star Game peut être l’un des rares moments de la saison où les gradins sont complets.

Pour les joueurs locaux sélectionnés, jouer à domicile reste une expérience à part : une nuit où leur public habituel les acclame non plus comme représentants de leur équipe, mais comme meilleurs joueurs de leur ligue.

La MLB a compris depuis longtemps que ses meilleurs ambassadeurs ne sont pas ses statistiques, mais ses moments. En juillet, pendant quatre jours, elle en fabrique quelques-uns pour la saison.

Éditionn°99

#culture#all-star#home-run-derby#mlb

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