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ÉditionN°199Scores du jour
Un frappeur des Reds félicité par ses coéquipiers dans l'abri après un home run.
MagazineLong formatLejeudi 28 mai 2026

Pourquoi 162 matchs : le baseball et la logique du marathon

La NFL en joue 17, la NBA 82, le baseball 162. D'où vient ce chiffre, comment on l'obtient encore avec trente équipes, ce qu'il fait aux statistiques et aux joueurs, et ce qui s'est passé les années où la saison n'a pas été complète.

PhotoMLBÉditorial — MLBvia MLB.com

PhotoMLBÉditorial — MLBvia MLB.com

La NFL joue 17 matchs par saison régulière, la NBA et la NHL 82, la Ligue 1 34 journées. Une équipe de MLB en joue 162, de fin mars à fin septembre, à raison de presque un match par jour : en 2026, la saison régulière s’étale du 25 mars au 27 septembre, soit 187 jours pour 162 rencontres. Les titulaires les plus assidus les jouent toutes, et un lanceur partant en démarre une trentaine.

Ce chiffre n’est pas tombé du ciel. Il est né d’une multiplication en 1904, d’une expansion en 1961, et il a survécu à toutes les réorganisations du calendrier depuis. Cet article raconte d’où il vient, comment on l’obtient encore avec trente équipes, ce qu’il change dans la lecture d’une saison et ce qui s’est passé les années où le baseball n’a pas pu aller au bout. Pour le déroulé d’une année, du spring training aux playoffs, c’est plutôt la saison MLB expliquée qu’il faut lire.

De 154 à 162 : d’où vient le chiffre

Le calendrier du baseball a toujours découlé d’une multiplication : le nombre d’adversaires par le nombre de confrontations. En 1904, la Ligue Américaine et la Ligue Nationale comptent huit clubs chacune et adoptent le même format : chaque équipe affronte ses sept rivaux vingt-deux fois, soit 154 matchs. Ce total tient pendant près de six décennies, à une exception près, la saison 1919 raccourcie à 140 matchs au retour de la Première Guerre mondiale.

En 1961, la Ligue Américaine passe à dix équipes avec l’arrivée des Angels de Los Angeles et d’une nouvelle franchise à Washington. Neuf adversaires, dix-huit confrontations chacun : 9 × 18 = 162. La Ligue Nationale, restée à huit clubs et 154 matchs cette année-là, adopte le même format en 1962 avec les Mets de New York et les Colt .45s de Houston, futurs Astros.

La symétrie disparaît dès 1969. Chaque ligue passe à douze équipes, réparties en deux divisions, et le calendrier s’ajuste sans toucher au total : dix-huit matchs contre chacun des cinq rivaux de division et douze contre chacune des six équipes de l’autre division, soit 90 + 72 = 162. Le chiffre, né d’un calcul, devient une tradition que les expansions de 1977, 1993 et 1998 ne remettront jamais en cause.

1961, Roger Maris et l’astérisque qui n’a jamais existé

L’expansion de 1961 crée aussitôt une polémique. Cette saison-là, Roger Maris frappe 61 home runs avec les Yankees et efface le record de Babe Ruth, 60 en 1927, établi sur un calendrier de 154 matchs. Dès le mois de juillet, le commissaire Ford Frick, ancien attaché de presse de Ruth, avait tranché : un record battu au-delà du 154ᵉ match figurerait dans les livres avec une « mention distinctive ». À l’issue du 154ᵉ match des Yankees, Maris en compte 59. Le 61ᵉ tombe lors du dernier match de la saison, le 1ᵉʳ octobre.

La légende de l’astérisque vient de là. Aucun signe typographique n’a jamais été imprimé à côté du nom de Maris : les deux performances ont simplement cohabité dans les listes de records, l’une « sur 154 matchs », l’autre « sur 162 », jusqu’à ce que la MLB supprime la distinction en 1991. Reste que 1961 est la première fois que le baseball a mesuré, très concrètement, ce que huit matchs de plus peuvent changer à une carrière.

Comment on obtient encore 162 avec trente équipes

Depuis 1998, la MLB compte trente clubs répartis en six divisions de cinq. Le total de 162 n’a plus rien d’un produit simple : c’est une répartition négociée. Le format en vigueur depuis 2023, dit « équilibré », est le premier de l’histoire où chaque équipe affronte les 29 autres au cours d’une même saison.

AdversairesConfrontationsMatchs
Les 4 rivaux de division13 chacun52
Les 10 autres clubs de la ligue6 contre six d’entre eux, 7 contre les quatre autres64
Le « rival naturel » de l’autre ligue4 (deux à domicile, deux à l’extérieur)4
Les 14 autres clubs de l’autre ligue3 chacun (une série)42
Total162

Avant 2023, le calendrier était nettement plus « divisionnaire » : 19 matchs contre chaque rival de division, soit 76, puis 66 contre le reste de la ligue et seulement 20 en interligue. Le passage à 13 confrontations a redistribué 24 matchs vers l’autre ligue, ce qui permet à chaque public de voir passer toutes les stars au moins une fois tous les deux ans. Le nombre de matchs, lui, n’a pas bougé d’une unité.

Pourquoi le baseball supporte ce volume

Trois raisons expliquent qu’un sport puisse jouer tous les jours pendant six mois. La première est physique : il n’y a pas de contact, et un joueur de champ passe l’essentiel du match immobile entre deux actions courtes. En 2025, six frappeurs ont disputé les 162 matchs de leur équipe, et Rafael Devers en a même joué 163, un de plus que le calendrier, parce qu’il a changé de club en cours de saison entre deux journées décalées.

La deuxième raison tient au poste le plus exposé, le lanceur. Un partant a besoin de quatre jours de repos entre deux sorties : c’est pour cela que les clubs alignent une rotation de cinq lanceurs, chacun démarrant environ un match sur cinq. Le partant le plus sollicité de 2025, Logan Webb, a démarré 34 matchs et lancé 207 manches, un volume que seuls trois lanceurs ont dépassé. Les 162 matchs sont donc autant de tests pour la profondeur d’un effectif que pour ses titulaires.

La troisième raison est statistique, et c’est la plus profonde : au baseball, un match isolé ne prouve presque rien. La meilleure équipe de la ligue perd régulièrement contre la pire, parce qu’un match se joue sur une centaine de duels lanceur-frappeur où la réussite pèse lourd. Seule la masse fait le tri, et 162 matchs sont la masse que le baseball s’est donnée.

Ce que 162 matchs disent d’une équipe

Le chiffre change la façon de lire un classement. Dans une saison NFL de 17 matchs, chaque rencontre représente près de 6 % du calendrier ; en MLB, moins de 1 %. Une défaite ne se rattrape pas, elle se dilue. C’est pourquoi le baseball raisonne en séries de deux à quatre matchs contre le même adversaire plutôt qu’en rencontres isolées, et pourquoi un classement d’avril ne dit presque rien de celui de septembre.

Le volume comprime aussi l’échelle des résultats. En 2025, la meilleure équipe de la saison régulière, les Brewers de Milwaukee, a terminé à 97 victoires pour 65 défaites, soit 59,9 % de succès ; la pire, les Rockies du Colorado, à 43-119, l’un des pires bilans de l’ère moderne. Aucune équipe n’a atteint les 100 victoires, un seuil qui exige 61,7 % de réussite sur six mois et qui reste, année après année, le marqueur des très grandes équipes. À l’inverse, huit clubs ont dépassé les 90 victoires : c’est en général la zone où se décide la qualification pour les playoffs.

Enfin, le volume laisse du temps aux retournements. Une équipe peut « sauver sa saison » avec un mois d’août brillant, parce que trois wild cards par ligue maintiennent plusieurs courses ouvertes jusqu’en septembre et qu’un écart de quelques matchs se comble en trois bonnes semaines. C’est aussi ce qui rend les passages à vide supportables : sur 162 matchs, personne n’y échappe.

Les grands seuils naissent du volume

Les nombres ronds qui font entrer un joueur au Hall of Fame sont des enfants du calendrier. Les 3 000 hits en carrière supposent, à raison de 180 hits par an, dix-sept saisons complètes ; les 500 home runs, une quinzaine de saisons à plus de 30. Un frappeur qui joue 155 matchs accumule 650 à 700 passages au bâton, de quoi lisser la réussite et faire apparaître le vrai niveau. Notre guide pour lire les statistiques du baseball explique lesquelles se stabilisent vite et lesquelles demandent une saison entière.

Chez les lanceurs, le volume raconte une autre histoire, celle d’une évolution. Les 20 victoires en une saison, courantes quand un partant lançait tous les quatre jours et allait au bout de ses matchs, sont devenues rares avec les rotations à cinq et les bullpens spécialisés. Les 200 manches, référence d’endurance pendant un siècle, ne sont plus franchies que par une poignée de lanceurs : trois en 2025. Le calendrier n’a pas changé, la manière de le traverser, si.

Les années sans 162 matchs

Depuis 1962, quatre saisons ont été amputées au cours de trois interruptions, à chaque fois pour des raisons extérieures au terrain. Elles sont la meilleure démonstration de ce que le chiffre apporte quand il est là.

SaisonCe qui s’est passéConséquences
1981Grève des joueurs du 12 juin au 31 juillet, 713 matchs annulésSaison coupée en deux moitiés, avec un tour de playoffs supplémentaire entre les vainqueurs de chaque moitié
1994-1995Grève déclenchée le 12 août 1994, 948 matchs annulésPremière World Series annulée depuis 1904 ; saison 1995 réduite à 144 matchs
2020Pandémie de Covid-19, reprise fin juilletSaison de 60 matchs, calendrier régional, playoffs élargis à seize équipes

L’année 2020 a servi de laboratoire grandeur nature. Sur 60 matchs, chaque rencontre pesait 1,7 % de la saison, presque trois fois plus qu’à l’ordinaire, et les classements ont conservé jusqu’au bout une part de hasard que 162 matchs auraient gommée. Les statistiques individuelles de cette saison sont d’ailleurs traitées à part dans la plupart des comparaisons historiques : un titre de meilleur frappeur acquis en 60 matchs ne se compare pas à un titre acquis en 162.

162 face aux autres ligues

ChampionnatMatchs par équipeRythme
MLB162Presque quotidien, de fin mars à fin septembre
KBO (Corée du Sud)144Dix clubs, seize confrontations contre chacun
NPB (Japon)143Deux ligues de six, avec une courte interligue
NBA82Trois à quatre matchs par semaine, d’octobre à avril
NHL82Idem, d’octobre à avril
Ligue 134Une journée par semaine, d’août à mai
NFL17Un match par semaine, de septembre à janvier
D1 française28Deux matchs le week-end, d’avril à fin août

Le baseball professionnel se distingue partout par son volume : même les ligues japonaise et coréenne, plus courtes, jouent près de neuf fois plus que la NFL. La Division 1 française suit la même logique à son échelle, avec un programme double chaque week-end et un classement au pourcentage de victoires, comme en MLB.

La charge des joueurs et les réponses de la ligue

Six mois de matchs quasi quotidiens, avec des vols de nuit entre deux côtes, laissent des traces, et le sujet revient à chaque négociation collective. La ligue a répondu par la durée plutôt que par le nombre : depuis 2018, la saison s’étale sur 187 jours au lieu de 183, ce qui a ajouté quatre jours de repos sans retirer un seul match. Les effectifs actifs comptent 26 joueurs, dont 13 lanceurs au maximum, et deux listes de blessés, de 10 et de 15 jours, permettent de remplacer temporairement un joueur touché.

Le retour à 154 matchs, régulièrement proposé pour alléger la charge et raccourcir un octobre de plus en plus tardif, se heurte toujours au même mur : huit matchs de moins, ce sont quatre dates à domicile par club, autant de recettes de billetterie et de contenu télévisé en moins. Le chiffre de 1961 tient autant par l’économie que par l’habitude.

Suivre 162 matchs depuis la France

Pour un public habitué à une journée hebdomadaire, le calendrier MLB peut sembler écrasant. Il l’est si l’on essaie de tout voir. La bonne approche consiste à suivre le courant plutôt que chaque match : nos récaps quotidiens racontent la nuit MLB en cinq minutes chaque matin, avec les résultats, les classements et les temps forts. Sur 162 matchs, il se passe toujours quelque chose, un no-hitter, un walk-off, un record battu, et l’actualité ne s’arrête jamais pendant des semaines.

Pour aller plus loin

Le chiffre prend tout son sens quand on voit ce qu’il produit : la saison MLB étape par étape, qui se qualifie pour les playoffs et comment se déroule le tableau d’octobre. Pour vivre un de ces 162 matchs en tribune, notre guide du spectateur explique quoi prévoir ; pour les suivre depuis chez soi, où regarder la MLB en France.

Histoire du calendrier d’après les travaux de la SABR, la société des historiens du baseball. Classements et statistiques 2025 d’après les données officielles de la MLB.

Éditionn°64

#culture#histoire#mlb

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