La NFL joue 17 matchs par saison régulière. La NBA en joue 82. En baseball, une saison MLB représente 162 matchs, de fin mars à début octobre, six jours sur sept, avec un jour de repos par semaine si tout va bien. Un joueur titulaire qui fait une “bonne” saison apparaît dans 145 à 155 matchs. C’est plus que le double d’une saison NBA, neuf fois une saison NFL.
Ce chiffre n’est pas tombé du ciel. Il a une histoire, une logique interne, et il change fondamentalement la façon dont on regarde le baseball.
154 puis 162 : la mécanique de l’expansion
Jusqu’en 1960, les deux ligues (Américaine et Nationale) comptaient chacune huit franchises. Le calendrier découlait mécaniquement du nombre d’équipes : chaque club affrontait les sept autres vingt-deux fois, soit 154 matchs.
En 1961, la Ligue Américaine s’étend à dix équipes avec l’arrivée des Angels de Los Angeles et d’une nouvelle franchise à Washington. Pour que toutes les équipes s’affrontent suffisamment, le calendrier passe à 162 matchs. La Ligue Nationale suit en 1962 avec les Mets de New York et les Colt .45s (futurs Astros de Houston).
Le chiffre 162 correspond simplement à : neuf adversaires dans sa division et hors-division, multipliés par un nombre de séries qui remplit le calendrier d’avril à septembre. La symétrie des chiffres (18 × 9 = 162) est commode, pas sacrée.
L’affaire Maris en 1961
L’expansion de 1961 a immédiatement créé une polémique qui hante le baseball depuis. Cette saison-là, Roger Maris a frappé 61 home runs avec les Yankees de New York, battant le record de Babe Ruth de 60, établi en 1927 lors d’une saison de 154 matchs.
Le commissaire Ford Frick, ancien attaché de presse de Ruth, a d’abord évoqué qu’il faudrait distinguer les deux records si Maris atteignait 61 en plus de 154 matchs. Maris a frappé son 61ᵉ home run au 162ᵉ match. La note de Frick (souvent appelée “l’astérisque”) n’a jamais figuré dans les livres de records officiels, mais le débat sur les 8 matchs supplémentaires a duré des décennies.
C’est la première fois que le baseball mesurait concrètement ce que huit matchs de plus peuvent changer.
Ce que la longueur de saison change
La taille d’échantillon. En NFL, un quarterback qui rate ses cinq premières passes d’un match peut sortir mauvaise statistique sur la saison entière. En baseball, un frappeur qui bat .220 en avril est souvent à .290 en juillet. Le volume de données lisse les accidents, révèle les tendances réelles, et rend les statistiques beaucoup plus significatives statistiquement.
C’est pour ça que les sabermétristes (les statisticiens du baseball) font davantage confiance aux métriques MLB qu’aux stats des autres sports américains. Un ERA sur 162 matchs est une mesure robuste. Un DVOA sur 17 matchs NFL est beaucoup plus sensible à la variance.
La gestion physique. Jouer 162 matchs en 183 jours signifie que les rotations de lanceurs, la gestion des blessures et le repos des titulaires sont des variables tactiques à part entière. Un manager efficace ménage ses lanceurs en août pour avoir un bullpen intact en septembre. Les équipes pensent en “fenêtres de 20 matchs” et non en matchs isolés.
Les hot streaks et les crises. Sur 162 matchs, toutes les équipes vont traverser des séquences de dix défaites et des séquences de dix victoires. Les bonnes équipes en subissent moins et en profitent mieux. Les statisticiens considèrent qu’une équipe doit jouer au moins 50 matchs pour que son bilan révèle sa vraie qualité, et au moins 100 pour que la classification en séries soit raisonnablement fiable.
La notion de “saison sauvée”. Le baseball parle souvent d’équipes qui “sauvent leur saison” avec un mois d’août brillant. C’est réaliste : en septembre, avec la Wild Card, un écart de dix matchs peut se combler en trois semaines. Cette mécanique est impossible en NFL, où un seul match perdu peut éliminer une équipe de la course aux playoffs.
162 matchs et le suivi depuis la France
Pour un fan français habitué à suivre la Ligue 1 (38 matchs) ou la Champions League (une poignée de matchs décisifs), le calendrier MLB peut sembler écrasant. Il l’est, si on essaie de tout suivre.
La bonne approche : ne pas suivre chaque match, mais suivre le courant. Les récaps quotidiens du baseball, c’est littéralement pour ça que ce site existe, sont conçus pour être lus en cinq minutes le matin. Sur 162 matchs, il se passe toujours quelque chose : un no-hitter, un walk-off, une séquence de record. Le volume est la garantie qu’il ne se passera jamais rien pendant des semaines.
Un chiffre définitif ?
MLB a brièvement envisagé de passer à 154 matchs dans les négociations collectives de 2022, avant d’y renoncer. Les 162 matchs représentent un équilibre économique (chaque match est une recette pour les franchises, la billetterie est vitale) autant qu’une tradition de jeu.
En attendant une hypothétique réforme, la saison 2026 a démarré fin mars et se termine début octobre. Cent soixante-deux matchs, six mois, et suffisamment de baseball pour que personne ne manque de matière.
Édition n°59